Comment écrire ce qui nous semble si insignifiant par rapport à l’actualité ? Ces guerres interminables, injustifiées, désastreuses, inhumaines. Ukraine, Gaza, Iran, Yémen, Liban, Kurdistan, Somalie… Tous ces enfants, ces femmes, ces hommes morts, tués au nom d’idéologies. Ces hommes politiques fanatiques qui commandent des armées. Ce renversement du discours et des valeurs. Et sa normalisation. La manipulation des mots, des médias et des masses. Les inégalités qui se creusent. Le désastre écologique en cours. La montée des extrêmes partout dans le monde. Cette incapacité à prendre des décisions qui aillent dans le sens du peuple plutôt que dans celui de la finance et des intérêts de quelques-uns. Cette haine qui s’insinue partout.
Même si j’essaye de me couper le plus possible de l’actualité en évitant d’écouter ou de lire les principaux médias traditionnels, je ne l’ignore pas pour autant. Je m’informe. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, de nouvelles désespérantes et incompréhensibles, et me donne cette impression de vivre dans une de ces dystopies écrites par de grands auteurs du XXe siècle. Alors oui, il faut nuancer, car au milieu de tout ce noir, il y a des lueurs d’espoir.
Un Premier ministre qui s’oppose et qui exprime un vrai discours politique. Pas de démagogie. Pas de populisme. Pas de manipulation. Pas de haine.
Davantage de listes citoyennes pour les municipales en France pour proposer, peut-être, une vision de la vie citoyenne plus solidaire, plus juste, plus réfléchie, plus éthique.
Je ne suis pas journaliste. Je ne suis pas chroniqueuse. Ni experte en quoi que ce soit. Je ne suis pas militante non plus. Mais, j’essaye de construire ma vie en cohérence avec mes valeurs, ma vision de la liberté, du respect et de la tolérance, de la décence.
Oui, la décence !
Cette qualité simple qui fait défaut à bon nombre de ceux qui ont aujourd’hui une parole publique. Mais aussi à ceux qui commentent les publications sur les réseaux sociaux (et même à ceux qui envoient des messages sur les sites de vente d’occasion).
La décence est, selon moi, profondément liée au respect, à l’empathie, à une éducation morale. Comment peut-on déplorer le sort de touristes bloqués en Thaïlande en le mettant au même niveau d’information que l’assassinat de 150 fillettes dans une école iranienne par les Américains ? Voire pire, sans même l’évoquer ?
L’indécence semble être devenue la norme. L’indifférence et le détachement pour ce qui ne concerne pas notre nombril aussi. Certains propos entendus ou lus sont odieux, écœurants. Je ne veux pas en faire la liste ici.
On vit une époque terrible. L’hypocrisie et la mesure, qui permettaient d’avoir un semblant de vivre ensemble, ne sont même plus de mise ! Comment grandir dans cette atmosphère ? Comment se construire dans un monde sans nuances ? Comment envisager un avenir quand tout a l’air de partir à vau-l’eau ? Comment se lancer dans un projet où l’on sera livré au monde ?
Et puis, il y a, là dans ma tête, cette culpabilité permanente. Ne serais-je pas moi-même indécente de me plaindre de ma vie alors que je vis dans un pays en paix et que j’ai encore accès à tous les biens de première nécessité, et même à toutes ces choses totalement inutiles qui font tourner le commerce mondial ? Ne serais-je pas moi-même indécente de chercher à être libre par le mouvement alors que je suis dans un pays libre, démocratique et confortable ? (Pour ces éléments, j’y reviendrai de manière plus nuancée et approfondie dans une prochaine chronique.) Ne serais-je pas indécente en ne m’impliquant pas activement pour défendre des causes justes ? Ne suis-je tout simplement pas comme eux ? Indifférente, détachée, autocentrée, égoïste ?
Pour contrer cette culpabilité, je me dis que je n’ai pas validé ces choix. Que je ne les valide toujours pas. Et que c’est pour cette raison que je préfère quitter cette société, que je préfère ne plus faire société. Car je ne partage pas leurs valeurs. Car je suis convaincue que la bonté est partout.
Que la peur engendre la haine.
Que les possessions nourrissent les plus bas instincts.
Que la violence ne fait qu’engendrer la violence.
Que notre société crée des monstres d’inhumanité qui se croient humains.
Partir reste donc pour moi une manière de résister. Et donc de m’engager. Pour mon plaisir ? Non, pas entièrement. Plus par nécessité. Par volonté de refuser ce qui m’est imposé.
Oui, j’ai la chance d’être née ici. D’avoir un passeport belge. Je suis libre d’aller où je veux et je fais partie des plus nantis de la planète. De ce fait, je dois utiliser mon privilège pour témoigner, pour créer des ponts, pour m’excuser, pour ne pas cautionner, pour m’opposer.
Chaque jour, l’angoisse s’empare de moi. Chaque jour, un peu plus, mon incompréhension grandit. La colère gonfle dans mon ventre, comprime mes poumons, attise ma rage.
Alors, il ne me reste que le dehors, le calme, la littérature. Et surtout le mouvement.
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